Le Monte-plats

Harold Pinter, maître de l’inquiétante étrangeté

D’Harold Pinter
Traduction Éric Kahane. Mise en scène Christophe Gand

Le-Monte-plats

Avec Harold Pinter, on s’aventure sur des terres singulières et mouvantes où le rire se mêle à  l’effroi, où des personnages dont on ne sait presque rien végètent confusément.
Entre burlesque et tragique, Ben et Gus sont de ceux-là.

De toute évidence ces deux-là, tueurs à gages proches de la retraite continuent à faire leur boulot sans trop savoir pourquoi ni pour qui du reste. Dans les sous-sols de ce qui fut un restaurant chic, tels Vladimir et Estragon, ils attendent. Eux n’attendent pas Godot, mais leur prochaine victime. Pour combler le vide de l’attente, ils le peuplent de mots sans se parler vraiment. Complices mais étrangers l’un à l’autre, ils discutent et se disputent à propos d’allumettes, de bouilloire, de thé ou de foot. Tout un flot de paroles ponctué de silences, bientôt perturbé par la descente inopinée d’un monte-plats à l’intérieur duquel se trouve une commande. Dans ce micro univers aussi calfeutré que banal, il est l’intrus pourvoyeur de menace et d’angoisse. D’allers et retours ponctués de commandes impossibles à satisfaire se dévoilent peu à peu les craintes, les contradictions et une réalité angoissante à laquelle nos deux tueurs cherchent à échapper. Servie par deux comédiens
hors pair – Jacques Boudet et Maxime Lombard – aguerris à maintenir l’ambiguïté entre le  burlesque et le tragique, la pièce nous parle des méfaits de la déshumanisation du pouvoir. C’est dire qu’elle n’a rien perdu de son actualité.