ALCESTE ou l’Acteur fou

De Anne Delbée, mise en scène Anne Delbée
Passage production

SALLE VAN GOGH. Du 7 au 30 juillet, à 13h45. Durée : 1h10
TARIFS 20/14 euros. Relâche le mardi (12, 19 et 26 juillet).

Redonner vie aux acteurs. Après une représentation du Misanthrope de Molière, Captain et Isidore restés seuls ne vont pas quitter le plateau du théâtre. Ivresse, rage, désespoir, joie, désir, pour une nuit de folie où tout est possible, même la venue de Molière…

« Nous étions en Juillet 2020 ! Les théâtres étaient devenus silencieux… Pour combien de temps ?
Théâtre de la présence, en chair et en os, face aux spectateurs vivants, acte irremplaçable depuis la nuit des temps, dernier acte de résistance dans des moments troublés, muselés, étouffés. Essentiel ! Je ressentais cette mort comme si bientôt l’humanité entière allait disparaître. Car sans la parole humaine, nous sommes bien peu de choses. L’humanité n’était plus qu’un visage, le même, caché, plat sous les masques et les voix des sons préenregistrés. Certes nous avions encore droit à des retransmissions, des captations, des live, ersatz du Théâtre… Mais le Théâtre à l’image de l’humanité avait perdu son rire, la palpitation de ses larmes, l’emballement de son cœur, le battement de ses pieds, le claquement de ses mains et surtout le scintillement des poètes.
C’est alors que j’ai pensé à Molière. Décembre 1665, Molière tombe malade, les gazettes le disent mourant. L’Illustre Théâtre ferme. Solitaire, sans troupe, il écrit pourtant pour résister encore une fois grâce au théâtre. Ce sera Le Misanthrope quelques mois plus tard et la grande figure d’Alceste, l’extravagant, dans la lumière immortelle de la scène, cet endroit écarté (…) « Où d’être Homme d’honneur on ait la liberté ».
Le Vieux Maître, l’Illustre Clown, le grand Molière qui ne renonçait jamais et repoussait la mort dans les coulisses du Réel, sachant qu’au Théâtre on ressuscite toujours, m’a soufflé cet Alceste ou L’Acteur Fou, J’ai alors écrit pour les deux acteurs qui avaient joué pour moi Alceste et Philinte deux ans auparavant à Versailles ; j’ai écrit pour qu’ils s’incarnent dans les personnages de Captain et Isidore ; et le troisième, le personnage de « Elle « , m’a été inspiré par celle qui jouait alors Célimène.
Quand on est chef de troupe, écrire pour des acteurs et des actrices est irremplaçable.
Durant ces mois de silence, nous avons répété au Théâtre de la Contrescarpe sans décor, sans dates, sans horizon mais dans l’espace infini du théâtre où comme le dit Louis Jouvet : « Personne n’a jamais verrouillé la porte aux esprits.« 
Je n’avais pas pensé une seule seconde qu’en 2022 ce serait le 400ème anniversaire de la naissance de Molière — Le Hasard est toujours au rendez-vous.» Anne Delbée

Avec Valentin Fruitier, Emmanuel Barrouyer et la voix d’Emilie Delbée

Costumes : Mine Vergès – Musique : Patrick Najean